Mieux lutter contre le tabagisme : la piste génétique

Chicago, le 31 mai 2008 – Alors que se déroule la journée mondiale sans tabac, le congrès de la société américaine d’oncologie clinique (ASCO) s’intéresse aux origines génétiques de la dépendance à la nicotine. Une piste qui pourrait déboucher sur des médicaments plus personnalisés et plus efficaces.
Augmentation des prix, campagne de sensibilisation aux dangers de la cigarette… Le tabagisme est en baisse en France, tout comme aux Etats-Unis. Néanmoins, cette tendance est loin d’être mondiale, on estime que trois millions de personnes sont mortes de maladies liées au tabac en 2002 et ce chiffre devrait atteindre 9 millions en 2030 ! Résultat : la nécessité toujours plus importante d’une meilleure prévention et d’une prise en charge plus efficace du tabagisme. Aujourd’hui, la piste génétique est évoquée1.Au coeur de la dépendance à la nicotine

Bien que la fumée de cigarette contienne plus de 5 000 substances différentes, la nicotine est considérée comme la plus addictive d’entre-elles. En schématisant2, la nicotine du tabac va se fixer sur des récepteurs spécifiques du cerveau (récepteurs nicotiniques) situés dans la zone du “circuit de la récompense“. Résultat : la libération de dopamine est associée à la sensation de plaisir et à l’amélioration de différentes fonctions cognitives (attention, vigilance…).
Mais l’usage répété de tabac va altérer ce système dopaminergique, ce qui va entraîner un besoin de plus en plus important de nicotine pour retrouver les mêmes sensations sur l’humeur et la conscience. Parallèlement, apparaissent des “réflexes conditionnés“ qui incitent le fumeur à céder à la tentation…
Ainsi, lorsqu’on arrête de fumer, le corps “réclame“ sa dose de nicotine pour satisfaire cette sensation de bien être : c’est le manque. Au-delà de ces phénomènes métaboliques, il ne faut pas négliger l’influence de l’environnement du fumeur. Les gestes et les petites habitudes associés à la cigarette sont perçus par notre cerveau comme autant de “réflexes conditionnés“ capables de provoquer une envie irrépressible de fumer. Gare au

syndrome de sevrage !
Sevrage tabagique : Vers des traitements à la carte ?
Mais tous les individus ne sont pas égaux face à ce

risque de devenir accro. Différentes études ont mis à jour certaines variations génétiques liées à la dépendance nicotinique3,4. Parallèlement, les chances de succès des traitements de la dépendance à la nicotine (

substituts nicotiniques ou

bupropion) oscillent entre 20 et 35 % à un an, avec une grande variabilité d’un individu à l’autre5,6.
L’une des explications serait génétique (les particularités génétiques entraîneraient des différences sur les récepteurs cérébraux, l’élimination de la nicotine de l’organisme ou les deux). Mais peu d’études ont pour l’heure exploré cette piste. On sait simplement que

certains profils génétiques sont liés à un risque plus important de rechute7,8. On est encore loin du profil génétique complet permettant de prédire les chances de succès de tel ou tel traitement anti-dépendance…
Mais dans l’avenir, les nouvelles technologies génétiques, des études à plus grande échelle et des collaborations internationales9 devraient faciliter l’identification d’autres gènes clés. En combinant l’ensemble de ces résultats, les chercheurs espèrent demain mieux appréhender les mécanismes de cette addiction et proposer le traitement le plus adapté à chaque personne qui souhaite arrêter de fumer.
David Bême1 – The genetics of nicotine addiction : current status and future directions – Asco 2008 – 30 mai 20082 – Les récepteurs nicotiniques et dopaminergiques ne sont qu’une des composante de la neurobiologie de la dépendance. Le portrait complet de la dépendance est beaucoup plus complexe et s’appuie sur d’autres neurotransmetteurs. 3 – Am J Med Genet B Neuropsychiatr Genet. 2006 Jun 5;141B(4):354-604 – Hum Genet. 2008 Mar;123(2):119-31. 5 – CNS Drugs. 2008;22(3):239-56. 6 – Addiction. 1997 Feb;92(2):207-17. 7 – Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 2001 Apr;10(4):403-58 – Pharmacogenomics J. 2005;5(1):21-9. 9 – Cancer Epidemiol Biomarkers Prev. 2003 Oct;12(10):994-1005. Un projet de collaboration international s’intéresse à ce sujet : the Pharmacogenetics of Nicotine Addiction and Treatment (PNAT)Click Here: essendon bombers guernsey 2019

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